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N° 05/04 – Avril 2005

« Chers musulmans, mes frères » (Jean-Paul II)

Roger Michel

Depuis sa visite à Lourdes, le 15 août 2004, comme malade, la figure du Pape est brusquement revenue au centre de l’actualité. Nous aimerions rappeler combien il s’est engagé, à la suite du Concile Vatican II et de Paul VI, dans le dialogue islamo-chrétien. Nous suivons pour cela notre ami Roger Michel , de l’Institut de Sciences et théologie des Religions de Marseille, dans l’article qu’a publié, en 2002, la revue Chemins de Dialogue (11 impasse Flammarion, 13001 Marseille, N° 20, p.57 – 65) que nous remercions de nous permettre de le reproduire.

Dans le sillage du concile Vatican II et à la suite de son prédé­cesseur le pape Paul VI[1], le pape Jean-Paul II n'a cessé de creuser le sillon du dialogue islamo-chrétien au cours de ses nombreux voyages apostoliques à travers le monde. Dès 1979, en Turquie, devant la communauté catholique d'Ankara, Jean-Paul II affirme l'estime de l'Église catholique pour les valeurs religieuses de l'islam :

« Soyez toujours prêt à répondre à quiconque vous demande raison de l'espérance qui est en vous. Mais que ce soit avec douceur et respect, en possession d'une bonne conscience » (1 P 3,15-16).

Ces paroles sont la règle d'or pour les rapports et les contacts que le chrétien doit avoir avec ses concitoyens qui ont une foi diffé­rente. Aujourd'hui, pour vous, chrétiens résidant ici en Turquie, votre sort est de vivre dans le cadre d'un État moderne - qui prévoit pour tous la libre expression de leur foi sans s'identifier avec aucune - et avec des personnes qui, dans leur grande majorité, tout en ne partageant pas la foi chrétienne, se déclarent « obéissants envers Dieu », « soumis à Dieu », et même « serviteurs de Dieu », selon leurs propres paroles, qui rejoignent celles de saint Pierre déjà citées (2,16); ils ont donc, comme vous, la foi d'Abraham dans le Dieu unique tout-puissant et miséricordieux. Vous savez que le Concile Vatican II s'est prononcé ouvertement sur ce sujet[2] , et moi-même j'ai rappelé, dans ma première encyclique Redemptor hominis, que le « Concile... a exprimé son estime pour les croyants de l'Islam, dont la foi se réfère aussi à Abraham ».

Aux Philippines, en 1981, le pape s'adresse aux musulmans comme à des frères et s'entretient avec eux de la  miséricorde de Dieu  inscrite dans la Bible et le Coran :

« C'est à dessein que je m'adresse à vous avec le titre de « frères » : frères, vous l'êtes à coup sûr car vous êtes des membres de la même famille humaine, dont les efforts, qu'ils en aient conscience ou non, tendent vers Dieu et la vérité qui vient de lui. Mais nous sommes particulièrement frères en Dieu qui nous a créés en ce que nous nous efforçons d'atteindre, selon nos propres voies, par la foi, la prière et l'adoration, l'observation de sa loi et la soumission à ses desseins.

La société ne peut apporter aux citoyens le bonheur qu'ils attendent que si la société elle-même est bâtie sur le dialogue. Le dialogue à son tour repose sur la confiance, et la confiance présuppose non seulement la justice mais la miséricorde. Sans aucun doute, l'égalité et la liberté, qui sont au fondement de toute société, requièrent la loi et la justice. Mais, comme je l'ai dit dans une récente lettre adressée à toute l'Église catholique[3] , la justice à elle seule ne suffit pas : « L'égalité introduite par la justice se limite cependant au domaine des biens objectifs et extérieurs, tandis que l'amour et la miséricorde permettent aux hommes de se réconcilier entre eux dans cette valeur qu'est l'homme même, avec la dignité qui lui est propre » .

Chers musulmans, mes frères : je voudrais ajouter que, nous chrétiens, tout comme vous, nous cherchons le fondement et le modèle de la miséricorde en Dieu lui-même, ce Dieu auquel votre Livre donne le très beau nom de al-Rahmân, et que la Bible appelle al-Rahûm, le Miséricordieux.

C'est seulement dans ce cadre de religion et dans des promesses de foi partagées que l'on peut réellement parler de respect mutuel, d'ouverture et de collaboration entre chrétiens et musulmans. Alors naît la disponibilité à travailler ensemble, à bâtir une société plus fraternelle » .

L’année suivante, au Nigéria, Jean-Paul II insiste sur les points communs entre le christianisme et l'islam :

« Tous, chrétiens et musulmans, nous vivons sous le soleil de l'unique Dieu de miséricorde.

Les uns et les autres, nous croyons au Dieu unique, créateur de l'homme. Nous proclamons la souveraineté de Dieu et défendons la dignité de l'homme en tant que serviteur de Dieu. Nous adorons Dieu et professons une totale soumission à son égard. Nous pouvons donc, au vrai sens du terme, nous appeler frères et sceurs dans la foi au Dieu unique. Et nous sommes reconnaissants de cette foi puisque, sans Dieu, la vie de l'homme serait semblable au ciel sans soleil.

À cause de cette foi que nous avons en Dieu, le christianisme et l'islam possèdent de nombreux points communs: le privilège de la prière, le souci de la justice qui s'accompagne de la compassion et de l'aumône et, par-dessus tout, le respect sacré de la dignité de l'homme, qui est à l'origine des droits fondamentaux de chaque être humain, y compris le droit à la vie des enfants qui vont naître.

Nous, chrétiens, avons reçu de Jésus, notre Seigneur et Maître, la loi fondamentale de l'amour de Dieu et de l'amour du prochain (cf. Mt 22,37-39). Je sais que cette loi d'amour trouve également un profond écho dans vos cœurs, car dans votre livre sacré vous êtes invités à la foi en même temps qu'exhortés à exceller dans les bonnes œuvres[4] » .

1985 est une une année capitale pour le dialogue islamo-chrétien.

En Belgique, le pape aborde avec les responsables de la commu­nauté musulmane le thème de l'émulation spirituelle qui s'enracine dans le Coran comme dans la Bible :

« Il ne nous est pas donné de former une communauté unique; c'est là une épreuve qui nous est imposée. Face à cette situation, permettez-moi de reprendre une consigne de l'apôtre saint Paul : « Que ceux qui ont placé leur foi en Dieu aient à coeur d'exceller dans la pratique du bien. » (cf. Tt 3,8). C'est ce type d'émulation qui peut bénéficier à toute la société, surtout à ceux qui ressentent le plus vivement le besoin de justice, de consolation, d'espérance, en un mot ceux qui ont besoin de raisons de vivre. Sachons collaborer fraternellement, cela nous rapprochera de la volonté de Dieu » .

Le 19 août, à Casablanca, au Maroc, Jean-Paul II prononce un discours important. Sa visite au Maroc représente un événemenl considérable et comme un commencement absolu, tant par son caractère officiel que par le contenu de son adresse à la jeunesse marocaine. Le discours de Casablanca est un modèle de mise un valeur du patrimoine commun au christianisme et à l'islam. C'est une invitation sereine et forte à associer le témoignage commun sur le sens de Dieu et sur la dignité de l'homme, dans le respect des différences. En voici un extrait significatif [5]:

« L'homme est un être spirituel. Nous, croyants, nous savons que nous ne vivons pas dans un monde fermé. Nous croyons en Dieu. Nous sommes des adorateurs de Dieu. Nous sommes des chercheurs de Dieu. L'Église catholique regarde avec respect et reconnaît la qualité de votre démarche religieuse, la richesse de votre tradition spirituelle. Nous aussi, chrétiens, nous sommes fiers de notre tradition religieuse.

Je crois que nous, chrétiens et musulmans, nous devons recon­naître avec joie les valeurs religieuses que nous avons en commun et en rendre grâce à Dieu. Les uns et les autres nous croyons en un Dieu, le Dieu unique, qui est toute justice et toute Miséricorde; nous croyons à l'importance de la prière, du jeûne et de l'aumône, de la pénitence et du pardon; nous croyons que Dieu nous sera un Juge miséricordieux à la fin des temps et qu'après la résurrection, Il sera satisfait de nous et nous serons satisfaits de Lui.

La loyauté exige aussi que nous reconnaissions et respections nos différences. La plus fondamentale est évidemment le regard que nous portons sur la personne et l'oeuvre de Jésus de Nazareth. Vous savez que, pour les chrétiens, ce Jésus les fait entrer dans une connaissance intime du mystère de Dieu et dans une communion filiale à ses dons, si bien qu'ils le reconnaissent et le proclament Seigneur et Sauveur. Ce sont là des différences importantes, que nous pouvons accepter avec humilité et respect, dans la tolérance mutuelle; il y il là un mystère sur lequel Dieu nous éclairera un jour, j'en suis certain.

Chrétiens et Musulmans, nous nous sommes généralement mal compris, et quelquefois, dans le passé, nous nous sommes opposés et même épuisés en polémiques et en guerres. Je crois que Dieu nous invite, aujourd'hui, à changer nos vieilles habitudes. Nous avons à nous respecter, et aussi à nous stimuler les uns les autres dans les œuvres de bien sur le chemin de Dieu ».

En 1989, après plus de quatorze années de luttes meurtrières, Jean-Paul II lance un Appel Solennel à tous les musulmans en faveur du Liban, au nom du même Dieu que nous adorons :

« Voilà pourquoi j'ai voulu aujourd'hui m'adresser à vous, fidèles de l'islam, fils d'une religion où la justice et la paix sont éloquemment enseignées. Faites entendre votre voix et, plus encore, déployez tous vos efforts en union avec ceux qui réclament pour le Liban le droit de vivre, et de vivre dans la liberté, la paix et la dignité! Il s'agit d'un devoir de solidarité humaine que votre conscience d'homme et votre appartenance à la grande famille des croyants imposent à chacun de vous ».

Au Mali, en 1990, le pape parle aux jeunes de Bamako de l'image de Dieu chez les chrétiens et chez les musulmans, conju­guant deux approches fondées sur la Bible et le Coran :

« Lorsque la Bible raconte la création du monde et de l'homme, elle nous montre que l'être humain possède une dignité unique et une valeur souveraine: « Dieu dit: Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance... Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme » (Gn 1,26­-27).

Il nous faut donc respecter, aimer et aider tout être humain parce qu'il est une créature de Dieu, et qu'il a une relation privi­légiée avec Celui qui lui a tout donné. Qu'il en soit, dans un certain sens, l'image fidèle ou le représentant attitré, il est toujours un « signe » qui mène à Dieu. Ses droits sont l'expression de la volonté de Dieu et l'existence de la nature humaine telle que Dieu l'a créée.

Créature de Dieu, l'homme est donc radicalement marqué d'une dépendance. Cette dépendance mortifie peut-être son orgueil, mais s'il la reconnaît et l'accepte librement, elle l'enracine dans une existence pleine de sens, elle le tourne vers un horizon où seront abolies toutes les limites, sans aucune angoisse ici-bas que celle de ne pas aimer assez.

Musulmans et chrétiens ont certes des motifs et des moyens différents pour réaliser cet idéal. Pour les uns, l'homme est appelé à être un parfait représentant de Dieu sur terre, en y témoignant, pour le service de tous, de ce que signifient ces très Beaux Noms : miséricorde et compréhension, pardon et réconciliation. Pour les autres, l'expression « créé à l'image de Dieu » dévoile un mystère encore plus profond car, pour eux, il existe entre l'homme et Dieu une relation de communion qu'ils osent appeler une relation filiale. L'homme est ainsi invité à devenir vraiment fils de Dieu dans un partage de vie et d'amour. Ce mystère nous est pleinement révélé par Jésus Christ, lui qui sait tout ce qu'il y a dans l'homme[6] ».

Traditionnellement, un message de voeux est adressé par le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux à tous les musulmans, à l'occasion de la fin du Ramadan. En 1991, en raison de la guerre du Golfe, Jean-Paul II leur adresse ce Message Personnel :

« Aux musulmans du monde entier, je voudrais exprimer la disponibilité de l'Église catholique pour travailler avec vous, et avec toutes les personnes de bonne volonté, afin d'aider les victimes de la guerre et d'élever les structures d'une paix durable, au Moyen-Orient et partout dans le monde. Cette coopération solidaire en faveur des plus affligés sera la base concrète d'un dialogue sincère, profond et constant entre catholiques et croyants musulmans, d'où pourra jaillir une plus grande connaissance et confiance mutuelles, et l'assurance que partout chaque croyant pourra professer sa foi librement et d'une façon authentique...

Je termine ces voeux en citant les paroles d'un de mes prédéces­seurs, le Pape Grégoire VII qui, en 1076, écrivit à l'Émir musulman Al-Nacir, qui régnait à Bijâya, dans l'actuelle Algérie: « Dieu tout­puissant, qui veut que tous les hommes soient sauvés et qu'aucun ne périsse, n'apprécie rien tant chez chacun de nous que l'amour du prochain après son amour, et que le soin de ne point faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qu'on nous fît. Or cette charité, nous et vous, nous nous la devons mutuellement puisque nous recon­naissons et confessons - de façon différente, - le Dieu Un, que nous louons et vénérons chaque jour comme créateur des siècles et maître de ce monde ».

Ces mots, écrits voici presque mille ans, sont aptes à exprimer aujourd'hui mes sentiments à votre égard, alors que vous célébrez l'Aïd al-Fitr, la fête de la Rupture du jeûne. Que le Dieu Très-Haut nous remplisse tous de son amour miséricordieux et de sa paix ! »

De nouveau en pèlerinage sur le sol africain, au Sénégal et en Guinée (1992), au Bénin (1993), puis au Nigéria (1998), le pape poursuit sa catéchèse islamo-chrétienne en invitant chrétiens et musulmans à vivre comme des partenaires pour le bien commun de tous, illustrant ses propos par un proverbe africain suggestif : « une seule main ne peut ficeler un paquet. »

En 1996, la Tunisie offre à Jean-Paul II l'occasion de rappeler les conditions nécessaires pour un dialogue fructueux:

« Permettez-moi de réfléchir un instant avec vous sur les condi­tions nécessaires pour que ce dialogue soit fructueux. Il est indispen­sable tout d'abord qu'il soit animé par un vrai désir de connaître l'autre. Il ne s'agit pas d'une simple curiosité humaine. L'ouverture à l'autre est, en quelque sorte, une réponse à Dieu qui permet nos différences et qui veut que nous nous connaissions plus profon­dément. Et pour cela, se situer en vérité les uns par rapport aux autres est une exigence essentielle.

Les partenaires du dialogue seront assurés et sereins dans la mesure où ils seront vraiment enracinés dans leurs religions respec­tives. Et cet enracinement permettra l'acceptation des différences et fera éviter deux écueils opposés : le syncrétisme et l'indifféren­tisme. Il permettra également de tirer profit du regard critique de l'autre sur la façon de formuler et de vivre sa foi ».

En 1997, à Sarajevo, Jean-Paul II s'adresse aux représentants de la communauté musulmane. Il appelle au pardon et à la réconci­liation toutes les communautés ethniques et religieuses de Bosnie-­Herzégovine.

2000 est l’Année du grand jubilé. Le pape entreprend un pèlerinage jubilaire sur « les lieux liés à l'histoire du salut ». En février, il rencontre au Caire le Cheikh Sayed Tantawi d'Al-Azhar. En mars, il est reçu par le grand Mufti de Jérusalem où il prononce également une allocution devant les responsables religieux juifs, chrétiens et musulmans :

« Chacune de nos religions connaît, sous une forme ou une autre, la Règle d'Or: « Fais pour ton prochain ce que tu souhaiterais qu'il fasse pour toi-même ». Aussi précieuse que soit cette règle pour nous guider, l'amour authentique du prochain va bien au-delà. Il se fonde sur la conviction que lorsque nous aimons notre prochain, nous montrons de l'amour pour Dieu, et que lorsque nous blessons notre prochain, c'est Dieu que nous offensons. Cela signifie que la religion est l'ennemie de l'exclusion et de la discrimination, de la haine et de la rivalité, de la violence et du conflit. La religion n'est pas et ne doit pas devenir un prétexte à la violence, en particulier quand l'identité religieuse coïncide avec l'identité ethnique et culturelle. Religion et paix vont ensemble! La croyance et la pratique religieuses ne peuvent être séparées de la défense de l'image de Dieu dans chaque être humain.

À l'aube du troisième millénaire, en mai 2001, le pape est reçu pour la première fois dans une mosquée. Il rencontre des représen­tants de la communauté musulmane à la mosquée des Omeyyades de Damas[7] et y prononce un important discours confirmant toutes ses démarches antérieures et traçant la voie pour le siècle à venir :

« C'est dans les mosquées ou les églises que les communautés musulmanes et chrétiennes ont façonné leur identité religieuse et c'est en leur sein que les jeunes reçoivent une part importante de leur éducation religieuse. Quel sens de l'identité insuffle-t-on chez les jeunes chrétiens et chez les jeunes musulmans dans nos églises ut nos mosquées? Je souhaite ardemment que les responsables religieux et les professeurs de religion, musulmans et chrétiens, présentent nos deux importantes communautés religieuses comme des communautés engagées dans un dialogue respectueux, et plus jamais comme des communautés en conflit. Il est capital d'enseigner aux jeunes les chemins du respect et de la compré­hension, afin qu'ils ne soient pas conduits à faire un mauvais usage de la religion elle-même pour promouvoir ou pour justifier la haine ou la violence. La violence détruit l'image du Créateur dans ses créatures, et elle ne devrait jamais être considérée comme le fruit de convictions religieuses.

J'espère vraiment que notre rencontre d'aujourd'hui dans la Mosquée des Omeyyades sera le signe de notre détermination à faire progresser le dialogue interreligieux de l'Église catholique et de l'islam. Ce dialogue s'est accru lors des récentes décennies; et nous pouvons aujourd'hui manifester notre reconnaissance pour la route qu'aussi loin nous avons parcourue ensemble. Au plus haut niveau, le Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux repré­sente l'Église catholique dans cet effort. Depuis plus de trente ans, le Conseil envoie un message aux musulmans à l'occasion de l'Aïd al-Fitr à la clôture du Ramadan, et je suis très heureux que ce geste ait été bien accueilli par de nombreux musulmans comme un signe d'amitié croissante entre nous. Ces dernières années, le Conseil a mis en place un comité de liaison avec des Organisations islamiques internationales, et aussi avec l'Université al-Azhar en Egypte, que j'ai eu le plaisir de visiter l'an dernier.

Il est important que musulmans et chrétiens continuent à explorer ensemble les questions philosophiques et théologiques, afin de parvenir à une connaissance plus objective et plus appro­fondie de leurs convictions religieuses respectives. Une meilleure compréhension mutuelle conduira sûrement, sur le plan pratique, à une nouvelle manière de présenter nos deux religions non pas en opposition, comme cela est advenu trop souvent par le passé, mais en partenariat pour le bien de la famille humaine[8] ».

Textes et Compléments

1.                  La déclaration « Nostra aetate » du Concile Vatican II (1965)

             2.            (…)L'Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions[9]. Elle considère avec un respect sincère ces manières d'agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu'elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu'elle-même tient et propose, cependant apportent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. Toutefois, elle annonce, et elle est tenue d'annoncer sans cesse le Christ qui est « la voie, la vérité et la vie » (Jn 14,6), dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s'est réconcilié toutes choses[10].

Elle exhorte donc ses fils pour que, avec prudence et charité, par le dialogue et par la collaboration avec ceux qui suivent d'autres religions, et tout en témoignant de la foi et de la vie chrétiennes, ils reconnaissent, préservent et fassent progresser les valeurs spiri­tuelles, morales et socio-culturelles qui se trouvent en eux.

3.      L'Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout­-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s'ils sont cachés, comme s'est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers. Bien qu'ils ne recon­naissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète; ils honorent sa Mère virginale, Marie, et parfois même l'invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement où Dieu rétri­buera tous les hommes ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l'aumône et le jeûne.

Si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le Concile les exhorte à oublier le passé et à s'efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu'à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté(…)

  1. Le Pape Paul VI et les musulmans, par Maurice Borrmans[11]

 La Déclaration Nostra Aetate sur les relations de l'Eglise avec les religions non chrétiennes, qui fut l'une des surprises du Concile Vatican II, a été approuvée par les Pères conciliaires et promulguée par Paul VI, le 28 octobre 1965. Depuis lors, elle est devenue la "charte" du dialogue inter-religieux de l'Eglise catholique et le "texte fondateur" du Secrétariat pour les Non Chrétiens, créé par Paul VI à la Pentecôte 1964 et devenu plus tard le Conseil Pontifical pour le Dialogue Inter-religieux (CPDI). Bien des débats avaient présidé à l'élaboration de ce texte, débats qui en avaient précisé exactement le contenu dogmatique et pastoral, d'autant plus qu'il commentait un passage essentiel de la Constitution Lumen Gentium qui disait: "Le dessein de salut enveloppe également ceux qui reconnaissent le Créateur, en tout premier lieu les musulmans qui professent avoir la foi d'Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, futur juge des hommes au dernier jour" (LG 16).

La Déclaration Nostra Aetate traite d'abord de l'homme religieux et des questions fondamentales qu'il se pose (NA 1). Passant alors en revue les réponses que proposent les religions traditionnelles (NA 2), puis la religion musulmane (NA 3) et la religion juive (NA 4), la Déclaration concluait par un appel à "la fraternité université excluant toute discrimination" (NA 5).

Paul VI et Jean Paul II, à Rome même où ils ont reçu tant de représentants des religions non chrétiennes et au cours de leurs voyages apostoliques aux quatre coins du monde, n'ont pas manqué d'utiliser et de développer le contenu de cette Déclaration, non sans être aidés en cela par les membres du Secrétariat pour les Non Chrétiens . La présente étude voudrait simplement approfondir l'interprétation qu'ils en ont faite dans leur dialogue avec les musulmans, tout en tenant compte des autres textes fondamentaux du Concile Vatican II[12].

En particulier la Constitution sur l’Eglise, Lumen Gentium,  dont le n°16 traite de "la relation" de tous les non chrétiens au "peuple de Dieu" : "Quant à ceux qui n'ont pas encore reçu l'Evangile, sous des formes diverses, eux aussi sont ordonnés au peuple de Dieu (...). En effet, ceux qui, sans qu'il y ait de leur faute, ignorent l'Evangile du Christ et son Eglise, mais cherchent pourtant Dieu d'un cœur sincère et s'efforcent, sous l'influence de sa grâce, d'agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, ceux-là peuvent arriver au salut éternel".

 Le magistère solennel de Paul VI et de Jean Paul II

Paul VI, dans son Encyclique Ecclesiam Suam  (1964), après avoir évoqué un premier cercle dont "l'aire couvre l'humanité", en envisage un deuxième, celui des "hommes qui adorent le Dieu unique et souverain": "Nous faisons allusion aux fils, dignes de notre affectueux respect, du peuple juif, fidèles à la religion appelée par nous celle de l'Ancien Testament, puis aux adorateurs de Dieu - selon la conception de la religion monothéiste musulmane - qui méritent admiration pour ce qu'il y a de vrai et de bon dans leur culte de Dieu; et puis encore les fidèles des grandes religions afro-asiatiques…Au sujet de ces idéaux communs, un dialogue de notre part est possible (ES 112).

Dans Populorum Progressio (l967), il précise alors: Entre les civilisations comme entre les personnes, un dialogue sincère est en effet créateur de fraternité (...). Un dialogue centré sur l'homme, et non sur les denrées ou les techniques, s'ouvrira alors. Il sera fécond s'il apporte aux peuples qui en bénéficient les moyens de s'élever et de se spiritualiser" (PP 82).

Et enfin, dans son Exhortation Evangelii Nutiandi (1975), il affirme que "la première (annonce) s'adresse aussi à d'immenses portions d'humanité qui pratiquent des religions non chrétiennes que l'Eglise respecte et estime, car elles sont l'expression vivante de l'âme de vastes groupes humains. Elles portent en elles l'écho de millénaires de recherche de Dieu, recherche incomplète mais réalisée souvent avec sincérité et droiture de cœur. Elles possèdent un patrimoine impressionnant de textes profondément religieux. Elles ont appris à des générations de personnes à prier. Elles sont toutes parsemées d'innombrables 'semences du Verbe' et peuvent constituer une authentique 'préparation évangélique', pour reprendre un mot heureux du Concile Vatican II emprunté à Eusèbe de Césarée".

Jean Paul II n'a fait que continuer cette même approche des religions non chrétiennes. Dans son Encyclique Redemptor Hominis (1979), il invite "à appliquer les réflexions précédentes (relatives à l'oecuménisme) à l'activité qui tend au rapprochement avec les représentants des religions non chrétiennes et qui s'exprime par le dialogue, les contacts, la prière en commun, la recherche des trésors de la spiritualité humaine, car ceux-ci, nous le savons bien, ne font pas défaut aux membres de ces religions" (RH 6). Le pape ne craint pas de s'inspirer encore de la Déclaration Nostra Actate avant de confirmer, dans son Exhortation apostolique Christifideles Laici (1988), que "le dialogue entre les religions est de toute première importance parce qu'il conduit à l'amour et au respect réciproques; il efface ou tout au moins atténue les préjugés entre les adeptes des diverses religions et promeut l'unité et l'amitié entre les peuples" (CL 35).

Mais c'est avec son Encyclique Redemporis Missio (1990) qu'il devait donner toute sa pensée, sur le dialogue inter-religieux, prenant acte que, souvent, c'est là une première forme d'évangélisation [13]: "Entendu comme méthode et comme moyen en vue d'une connaissance et d'un enrichissement réciproques, il ne s'oppose pas à la mission ad gentes, au contraire il lui est spécialement lié et en est une expression (...). Dieu ne manque pas non plus de manifester sa présence de beaucoup de manières, non seulement aux individus mais encore aux peuples, par leurs richesses spirituelles dont les religions sont une expression principale et essentielle, bien qu'elles comportent `des lacunes, des insuffisances et des erreurs'. Le Concile et les enseignements ultérieurs du magistère ont amplement souligné tout cela".

Toujours aussi convaincu que Jésus Christ est la "bonne nouvelle" du salut offerte à tous les humains, Jean Paul II précise encore: "Le dialogue n'est pas la conséquence d'une stratégie ou d'un intérêt, mais c'est une activité qui a ses motivations, ses exigences et sa dignité propres: il est demandé par le profond respect qu'on doit envers tout ce que l'Esprit, qui 'souffle où il veut', a opéré en l'homme. Grâce au dialogue, l'Eglise entend découvrir les 'semences du Verbe', les 'rayons de la vérité qui illumine tous les hommes', semences et rayons qui se trouvent dans les personnes et les traditions religieuses de l'humanité. Le dialogue est fondé sur l'espérance et la charité, et il portera des fruits dans l'Esprit. Les autres religions constituent un défi positif pour l'Eglise d'aujourd'hui: en effet, elles l'incitent à découvrir et à reconnaître les signes de la présence du Christ et de l'action de l'Esprit, et aussi à approfondir son identité et à témoigner de l'intégrité de la Révélation dont elle est dépositaire pour le bien de tous. On voit par là quel esprit doit animer ce dialogue (...) II ne doit y avoir ni capitulation, ni irénisme, mais témoignage réciproque en vue d'un progrès des uns et des autres sur le chemin de la recherche et de l'expérience religieuses et aussi en vue de surmonter les préjugés, l'intolérance et les malentendus. Le dialogue tend à la purification et à la conversion intérieure qui, si elles se font dans la docilité à l'Esprit, seront spirituellement fructueuses" (RM 57).

Et l'Encyclique Veritatis Splendor (1993) rappelle que, "dans ce témoignage rendu au caractère absolu du bien moral, les chrétiens ne sont pas seuls: ils se trouvent confirmés par le sens moral des peuples et par les grandes traditions religieuses et sapientiales de l'Occident et de l'Orient, non sans une action intérieure et mystérieuse de l'Esprit de Dieu" (VS 94).

Tout ceci explique pourquoi le Saint-Père exprima le désir que tous soient invités à s'associer à l'année jubilaire de l'an 2000: "La vigile de l'an 2000 sera une circonstance favorable pour le dialogue inter-religieux (...). Pour cela, on étudiera la possibilité de prévoir des rendez-vous historiques à Bethléem, à Jérusalem et sur le Mont Sinaï, lieux de haute valeur symbolique, afin d'intensifier le dialogue avec les juifs et les fidèles de l'Islam", et c'est bien ce qui s'est produit tant en Egypte qu'en Terre Sainte et à Damas, au cours des deux dernières années.

 Le magistère de Paul VI (I963-1978)

Dans quelle mesure, Paul VI a-t-il précisé certains aspects des textes conciliaires lors de ses diverses interventions pastorales?

 "L'Eglise, avait-il dit aux Pères du Concile, le 29 septembre 1963, porte son regard au-delà de sa sphère propre vers les autres religions qui gardent le sens et la notion du Dieu unique, suprême et transcendant, Créateur et Providence. Ces religions rendent à Dieu un culte par des actes de piété sincère qui, ainsi que leurs convictions, sont à la base de leur vie morale et sociale", et plus tard, à Bombay, en Inde, il devait affirmer que "nous ne devons pas nous rencontrer comme de simples touristes, mais comme des pèlerins qui vont chercher Dieu, non dans les édifices de pierre, mais dans le cœur des hommes" (3 décembre 1964). Plus précisément, à Bethléem, le 6 janvier 1964, il avait spécifié: "Ce salut déférent, Nous l'adressons d'une manière particulière à quiconque professe le monothéisme et avec nous rend un culte religieux à l'unique et vrai Dieu, le Dieu vivant et suprême, le Dieu d'Abraham, le Très-Haut", signifiant par là que les musulmans, objectivement, adorent "avec nous" le même Dieu.

Qui plus est, commentant à Rome, à l'audience générale du 9 décembre 1964, ses impressions de voyage en Inde, il n'hésite pas à dire, après avoir souligné la Catholicité de l'Eglise, que celle-ci considère les Gentils avec respect, puisque "Saint Augustin, qui était pourtant sévère lorsqu'il affirmait le rapport nécessaire entre l'Eglise et le salut, écrivait: 'On ne doit pas douter de ce que les Gentils eux aussi aient leurs prophètes' (ce qui impose) au dialogue apostolique beaucoup de mesure, de sagesse et de patience". Et il ajoute encore, un peu plus tard, qu'il y a différentes manières d'appartenir à l'Eglise "en réalité, par le désir (in voto, comme les catéchumènes) ou aussi par une orientation honnête de la vie, manquant peut-être de toute connaissance explicite du Christianisme, mais ouverte par sa rectitude morale à l'action mystérieuse de la miséricorde de Dieu, laquelle peut associer également à l'humanité sauvée par le Christ, et donc à l'Eglise, les immenses multitudes d'hommes (...)qui ont aussi été créés, aimés par la bonté de Dieu".

Telles sont les perspectives ainsi ouvertes à la réflexion théologique par Paul VI, tandis qu'il insiste parallèlement sur le témoignage et la collaboration.

Ses voyages en Terre Sainte (janvier 1964), en Inde (décembre 1964), à Istanbul (juillet 1967), en Ouganda (juillet-août 1969) et aux Philippines, Australie et Indonésie (novembre 1970), sont autant d'occasions de rencontrer également les musulmans et de leur transmettre ce message, tout comme à Rome même, accueillant les ambassadeurs des pays islamiques accrédités près le Saint-Siège, il peut les confirmer dans l'esprit nouveau que la Déclaration Nostra Aetate a suscité à tous les niveaux dans l'Eglise…Les croyants sont invités à être des témoins, et il le reconnaît en Ouganda puisqu'il y évoque "ces confesseurs de la foi musulmane[14] qui furent les premiers à subir la mort parce qu'ils refusaient de transgresser les préceptes de leur religion".

Loyauté dans le respect réciproque, émulation dans le témoignage spirituel, recherche des convergences possibles, appel même au pardon et à la réconciliation: tels furent les prolongements que Paul VI proposa peu à peu à la Déclaration Nostra Aetate, après en avoir précisé les grandes lignes avec le Secrétariat pour les Non Chrétiens qu'il avait créé en 1964. Celui-ci avait alors, sous la direction du Cardinal Pignedoli et grâce à la réflexion de Mgr Piero Rossano, multiplié ses publications pastorales et entrepris ses rencontres dialogiques: à l'occasion des difficultés suscitées par le Séminaire du dialogue islamo-chrétien de Tripoli [15], par exemple.

3. Les valeurs que nous avons en commun, par Michel Lelong [16]

Invité au Maroc par le roi Hassan II, Jean-Paul II fit à Casablanca, le 19 août 1985, un discours mémorable dans lequel il expliqua longuement ce que peut et doit être aujourd'hui l'attitude des Catholiques envers les Musulmans…devant des dizaines de milliers de jeunes musulmans, auxquels il s'adressa en ces termes[17] :

« Chrétiens et Musulmans, nous avons beaucoup de choses en commun, comme croyants et comme hommes. Nous vivons dans le même monde, marqué par de nombreux signes d'espérance, mais aussi par de multiples signes d'angoisse. Abraham est pour nous un même modèle de foi en Dieu, de soumission à sa volonté et de confiance en sa bonté. Nous croyons au même Dieu, le Dieu unique, le Dieu vivant, le Dieu qui crée les mondes et porte ses créatures à leur perfection.

C'est donc vers Dieu que va ma pensée et que s'élève mon coeur : c'est de Dieu que je désire avant tout vous parler; de Lui, parce que c'est en Lui que nous croyons, vous Musulmans et nous Catholiques, et aussi des valeurs humaines qui ont en Dieu leur fondement, ces valeurs qui concernent l'épanouisse­ment de nos personnes, comme aussi celui de nos familles et de nos sociétés, ainsi que celui de la communauté internationale. Le mystère de Dieu n'est-­il pas la réalité la plus élevée dont dépend le sens même que l'homme donne à sa vie ? Et n'est-ce pas le premier problème qui se présente à un jeune quand il réfléchit sur le mystère de sa propre existence et sur les valeurs qu'il entend choisir pour construire sa personnalité grandissante ?

…(C’est) en croyant que je viens à vous aujour­d'hui. C'est tout simplement que je voudrais donner ici le témoignage de ce que je crois, de ce que je souhaite pour le bonheur de mes frères les hommes et de ce que, par expérience, j'estime être utile pour tous.

J'invoque tout d'abord le Très-Haut, le Dieu tout­puissant, qui est notre créateur. Il est à l'origine de toute vie, comme il est à la source de tout ce qui est bon, de tout ce qui est beau, de tout ce qui est saint. Il a séparé la lumière des ténèbres. Il a fait croître tout l'univers selon un ordre merveilleux. Il a voulu que les plantes croissent et portent leur fruit, comme il a voulu que se multiplient les oiseaux du ciel, les animaux de la terre et les poissons de la mer.

Il nous a faits, nous les hommes, et nous sommes à Lui. Sa loi sainte guide notre vie. C'est la lumière de Dieu qui oriente notre destinée et illumine notre cons­cience... Il demande à tout homme de respecter chaque créature humaine et de l'aimer comme un ami, un compagnon, un frère. Il invite à lui venir en aide quand il est blessé, quand il est abandonné, quand il a faim et soif, bref quand il ne sait plus où trouver sa route sur les chemins de la vie.

Oui, Dieu demande que nous écoutions sa voix. Il attend de nous l'obéissance à sa volonté sainte dans une libre adhésion de l'intelligence et du cœur. C'est pourquoi, devant Lui, nous sommes respon­sables. C'est Lui, Dieu, qui est notre juge, Lui qui seul est véritablement juste. Nous savons pourtant que sa miséricorde est inséparable de sa justice. Quand l'homme revient vers lui, repentant et contrit, après s'être éloigné dans l'égarement du péché et les oeuvres de mort, Dieu se révèle alors comme Celui qui pardonne et fait miséricorde. A Lui donc notre amour et notre adoration. Pour ses bienfaits et pour sa miséricorde, nous lui rendons grâce, en tous temps et en tous lieux.

Dans un monde qui désire l'unité et la paix et qui connaît pourtant mille tensions et conflits, les croyants ne devraient-ils pas favoriser l'amitié et l'union entre les hommes et les peuples qui forment sur terre une seule communauté ? Nous savons qu'ils ont une même origine et une même fin dernière: le Dieu qui les a faits et qui les attend, parce qu'Il les rassem­blera.

L'Église catholique pour sa part, il y a vingt ans, a publié un document sur le dialogue entre les religions[18]. Elle affirme que tous les hommes, spécialement les hommes de foi vivante, doivent se respecter, dépasser toute discrimination, vivre ensemble et servir la fraternité universelle. L'Église manifeste une attention particulière pour les croyants musulmans, étant donné leur foi au Dieu unique, leur sens de la prière et leur estime de la vie morale. Elle souhaite « promouvoir avec eux pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix, la liberté ».

Le dialogue entre Chrétiens et Musulmans est aujourd'hui plus nécessaire que jamais. Il découle de notre fidélité envers Dieu et suppose que nous sachions reconnaître Dieu par la foi et témoigner de Lui par la parole et l'action dans un monde toujours plus sécularisé et parfois même athée. Les jeunes peuvent construire un avenir meilleur s'ils mettent d'abord leur foi en Dieu et s'ils s'enga­gent à édifier ce monde nouveau selon le plan de Dieu, avec sagesse et confiance.

Nous devons aujourd'hui témoigner des valeurs spirituelles dont le monde a besoin. D'abord de notre foi en Dieu. Dieu est source de toute joie. Aussi devons-nous témoigner de notre culte envers Dieu, de notre adora­tion, de notre prière de louange et de supplication. L'homme ne peut vivre sans prier, pas plus qu'il ne peut vivre sans respirer. Nous devons témoigner de notre humble recherche de Sa volonté ; c'est Lui qui doit inspirer notre engagement pour un monde plus juste et plus uni. Les voies de Dieu ne sont pas toujours nos voies. Elles transcendent nos actions, toujours incomplètes, et les intentions de notre cœur, toujours imparfaites. Dieu ne peut jamais être utilisé à nos fins, car il est au-delà de tout.

Ce témoignage de la foi, qui est vital pour nous et qui ne saurait souffrir ni infidélité à Dieu ni indiffé­rence à la vérité, se fait dans le respect des autres traditions religieuses, car tout homme attend d'être respecté pour ce qu'il est, de fait, et pour ce qu'il croit en conscience. Nous désirons que tous accèdent à la plénitude de la Vérité divine, mais tous ne peuvent le faire que par l'adhésion libre de leur conscience, à l'abri des contraintes extérieures qui ne seraient pas dignes de l'hommage libre de la raison et du cœur qui caractérise la dignité de l'homme. C'est là le véritable sens de la liberté religieuse, qui respecte à la fois Dieu et l'homme. C'est de tels adorateurs que Dieu attend le culte sincère, des adorateurs en esprit et en vérité.

Notre conviction est que nous ne pouvons invoquer Dieu, Père de tous les hommes, si nous refusons de nous conduire fraternellement envers certains de ces hommes créés à l'image de Dieu. Il nous faut donc aussi respecter, aimer et aider tout être humain parce qu'il est une créature de Dieu et, dans un certain sens, son image et son représentant, parce qu'il est la route menant à Dieu, et parce qu'il ne se réalise pleinement que s'il connaît Dieu, s'il accepte de tout son cœur et s'il lui obéit jusque sur les voies de la perfection (...)

Dans ce monde, il y a des frontières et des divi­sions entre les hommes, ainsi que des incompréhen­sions entre les générations; il y a également du racisme, des guerres et des injustices, comme il y a aussi la faim, le gaspillage et le chômage. Ce sont là des maux dramatiques qui nous touchent tous, et plus particulièrement les jeunes du monde entier. Certains risquent de se décourager, d'autres risquent de se rési­gner, d'autres risquent de vouloir tout changer par la violence ou par des solutions extrêmes. La sagesse nous enseigne que l'autodiscipline et l'amour sont alors les seuls leviers du renouveau désiré. Dieu ne veut pas que les hommes restent passifs. Il leur a confié la terre pour qu'ils la maîtrisent, la culti­vent, et la fassent fructifier ensemble.

Vous êtes responsables du monde de demain. C'est en assumant pleinement vos responsabilités, et avec courage, que vous pourrez vaincre les difficultés actuelles. Il vous revient donc de prendre des initiatives et de ne pas tout attendre des aînés et des gens en place. Il vous faut construire le monde, et non pas seulement le rêver (…)

Dans ce travail d'ensemble, la personne humaine, homme ou femme, ne doit jamais être sacrifiée. Chaque personne est unique aux yeux de Dieu, et irremplaçable dans cette oeuvre de développement. Chacun doit être reconnu pour ce qu'il est, et, par suite, respecté comme tel. Nul ne doit utiliser son semblable; nul ne doit exploiter son égal; nul ne doit mépriser son frère. C'est à ces conditions que pourra naître un monde plus humain, plus juste et plus fraternel, où chacun pourra trouver sa place dans la dignité et la liberté. C'est ce monde du XXIe siècle qui est entre vos mains ; il sera ce que vous le ferez.

Ce monde à venir dépend des jeunes de tous les pays du monde. Notre monde est divisé, et même éclaté ; il connaît de multiples conflits et des injustices graves. Il n'y a pas de véritable solidarité Nord-Sud; il n'y a pas assez d'entraide entre les nations du Sud. Il y a, dans le monde, des cultures et des races qui ne sont pas respectées.

Pourquoi tout cela ? C'est que les hommes n'ac­ceptent pas leurs différences : ils ne se connaissent pas assez. Ils rejettent ceux qui n'ont pas la même civili­sation. Ils refusent de s'entraider. Ils ne savent pas se libérer de l'égoïsme et de la suffisance. Or, Dieu a créé tous les hommes égaux en dignité, mais différents quant aux dons et aux talents. L'humanité est un tout où chaque groupe a son rôle à jouer; il faut reconnaître les valeurs des divers peuples et des diverses cultures. Le monde est comme un organisme vivant; chacun a quelque chose à rece­voir des autres et à leur donner.

Je suis heureux de vous rencontrer ici, au Maroc. Le Maroc a une tradition d'ouverture ; vos savants ont voyagé et vous avez accueilli des savants d'autres pays. Le Maroc a été un lieu de rencontre des civilisa­tions : il a permis des échanges avec l'Orient, l'Es­pagne et l'Afrique. Le Maroc a une tradition de tolé­rance: dans ce pays musulman, il y a toujours eu des Juifs et presque toujours eu des Chrétiens ; cela a été vécu dans le respect, d'une manière positive. Vous avez été et vous demeurez un pays hospitalier. Vous êtes donc, jeunes Marocains, préparés à devenir des citoyens du monde de demain, de ce monde fraternel auquel vous aspirez avec les jeunes du monde entier.

Vous tous, jeunes, je suis sûr que vous êtes capa­bles de ce dialogue…Vous voulez aimer les autres sans aucune frontière de nation, de race ou de religion. Pour cela, vous voulez la justice et la paix. « La paix et les jeunes marchent ensemble », comme je l'ai dit dans mon message pour la Journée mondiale de la Paix, cette année. Vous ne voulez ni la guerre ni la violence. Vous savez le prix qu'elles font payer aux innocents. Vous ne voulez pas non plus l'escalade des armements. Cela ne veut pas dire que vous voulez la paix à n'importe quel prix. La paix va de pair avec la justice. Vous ne voulez l'oppression pour personne. Vous voulez la paix dans la justice.

Vous voulez d'abord que les hommes aient de quoi vivre…Dieu a donné la terre à l'ensemble du genre humain pour que les hommes en tirent leur subsis­tance dans la solidarité et pour que chaque peuple ait les moyens de se nourrir, de se soigner et de vivre en paix. Mais, aussi importants que soient les problèmes économiques, l'homme ne vit pas seulement de pain, il a besoin d'une vie intellectuelle et spirituelle ; c'est là que se trouve l'âme de ce monde nouveau auquel vous aspirez. L'homme a besoin de développer son esprit et sa conscience. C'est souvent ce qui manque à l'homme d'aujourd'hui. L'oubli des valeurs et la crise d'identité que traverse notre monde nous obligent à un dépassement et à un effort renouvelé de recherche et d'interrogation. La lumière intérieure qui naîtra ainsi dans notre conscience permettra de donner sens au développement, de l'orienter vers le bien de l'homme, de tout homme et de tous les hommes, selon le plan de Dieu.

Les Arabes du Machreq et du Maghreb, et plus géné­ralement les Musulmans, ont une longue tradition d'étude et de savoir: littéraire, scientifique, philoso­phique. Vous êtes les héritiers de cette tradition, vous devez étudier pour apprendre à connaître ce monde que Dieu nous a donné, le comprendre, en découvrir le sens, avec le goût et le respect de la vérité, et pour apprendre à connaître les peuples et les hommes créés et aimés par Dieu, pour vous préparer à mieux les servir. Bien plus, la recherche de la vérité vous conduira, au-delà des valeurs intellectuelles, jusqu'à la dimen­sion spirituelle de la vie intérieure.

L'homme est un être spirituel. Nous, croyants, nous savons que nous ne vivons pas dans un monde fermé. Nous croyons en Dieu. Nous sommes des adorateurs de Dieu. Nous sommes des chercheurs de Dieu. L'Église catholique regarde avec respect et recon­naît la qualité de votre démarche religieuse, la richesse de votre tradition spirituelle. Nous aussi, Chrétiens, nous sommes fiers de notre tradition religieuse.

Je crois que nous, Chrétiens et Musulmans, nous devons reconnaître avec joie les valeurs religieuses que nous avons en commun et en rendre grâce à Dieu. Les uns et les autres, nous croyons en Dieu, le Dieu unique, qui est toute Justice et toute Miséricorde ; nous croyons à l'importance de la prière, du jeûne et de l'aumône, de la pénitence et du pardon ; nous croyons que Dieu nous sera un Juge miséricordieux à la fin des temps et nous espérons qu'après la résurrec­tion, Il sera satisfait de nous et que nous serons satis­faits de Lui.

La loyauté exige aussi que nous reconnaissions et respections nos différences. La plus fondamentale est évidemment le regard que nous portons sur la personne et l' œuvre de Jésus de Nazareth. Vous savez que, pour les Chrétiens, ce Jésus les fait entrer dans une connaissance intime du mystère de Dieu et dans une communion filiale à ses dons, si bien qu'ils le reconnaissent et le proclament Seigneur et Sauveur. Ce sont là des différences importantes, que nous pouvons accepter avec humilité et respect, dans la tolérance mutuelle ; il y a là un mystère sur lequel Dieu nous éclairera un jour, j'en suis certain.

Chrétiens et Musulmans, nous nous sommes géné­ralement mal compris, et quelquefois, dans le passé, nous nous sommes opposés et même épuisés en polé­miques et en guerres. Je crois que Dieu nous invite, aujourd'hui, à changer nos vieilles habitudes. Nous avons à nous respecter, et aussi à nous stimuler les uns et les autres dans les œuvres de bien sur le chemin de Dieu.

Vous savez, avec moi, quel est le prix des valeurs spirituelles. Les idéologies et les slogans ne peuvent vous satisfaire ni résoudre les problèmes de votre vie. Seules les valeurs spirituelles et morales peuvent le faire, et elles ont Dieu pour fondement. Je souhaite, chers jeunes, que vous puissiez contri­buer à construire ainsi un monde où Dieu ait la première place pour aider et sauver l'homme. Sur ce chemin, vous êtes assurés de l'estime et de la collabo­ration de vos frères et sœurs catholiques que je repré­sente parmi vous ce soir.

Je voudrais maintenant remercier Sa Majesté le Roi de m'avoir invité, vous remercier vous aussi, chers jeunes du Maroc, d'être venus ici et d'avoir écouté avec confiance mon témoignage.

Mais plus encore, je voudrais remercier Dieu qui a permis cette rencontre. Nous sommes tous sous son regard. Il est aujourd'hui le premier témoin de notre rencontre. C'est lui qui met dans nos cœurs les senti­ments de miséricorde et de compréhension, de pardon et de réconciliation, de service et de coopération. Les croyants que nous sommes n'ont-ils pas à reproduire, dans leur vie et leur cité, les Très Beaux Noms que nos traditions religieuses Lui reconnaissent ? Puis­sions-nous donc Lui être disponibles, et être soumis à sa volonté, aux appels qu'il nous adresse ! Ainsi nos vies retrouveront un dynamisme nouveau. Alors pourra naître, j'en suis convaincu, un monde où les hommes et les femmes de foi vivante et efficiente chanteront la gloire de Dieu et chercheront à cons­truire une société humaine selon la volonté de Dieu.

Je voudrais terminer en L'invoquant personnellement devant vous:

Ô Dieu, Tu es notre Créateur. Tu es bon et ta miséricorde est sans limites.

 A Toi la louange de toute créature.

Ô Dieu, Tu as donné aux hommes que nous sommes une loi intérieure dont nous devons vivre. Faire Ta volonté, c'est accomplir notre tâche. Suivre Tes voies, c'est connaître la paix de l'âme.

A Toi, nous offrons notre obéissance. Guide-nous en toutes les démarches que nous entreprenons sur terre.

Affranchis-nous des penchants mauvais qui détournent notre cœur de Ta volonté. Ne permets pas qu'en invoquant Ton Nom, nous en venions à justifier les désordres humains.

Ô Dieu, Tu es l'Unique. A Toi va notre adoration. Ne permets pas que nous nous éloignions de Toi. Ô Dieu, juge de tous les hommes, aide-nous à faire partie de tes élus au dernier jour.

Ô Dieu, auteur de la justice et de la paix, accorde-nous la joie véritable, et l'amour authen­tique, ainsi qu'une fraternité durable entre les peuples.

Comble-nous de Tes dons à tout jamais. Amen.

Est-il besoin de souligner l'importance de ce long discours et de cette belle prière ? Quand on les a lus et médités, comment ne pas s'étonner des propos de certains théologiens - voire de certains évêques - qui continuent à affirmer: « le Dieu du Coran n'est pas le Dieu de Jésus-Christ ». Que pensent ceux qui tiennent un tel langage de cette phrase prononcée par le Saint-Père à Casablanca: « Nous croyons au même Dieu [19], le Dieu Unique, le Dieu Vivant, le Dieu qui crée les mondes et porte ses créatures à leur perfection. »

La foi chrétienne est certes, sur des points essentiels, profondément différente de la foi musulmane : nous, Catholiques, nous croyons en Dieu, nous som­mes en relation avec Lui, nous le prions autrement que les Musulmans. Eux et nous ne concevons pas de la même façon le Mystère du Christ et le message du Coran. Mais, les uns et les autres, nous savons qu'il existe un seul Dieu créateur, d'où nous venons et auquel, un jour, nous retournerons. C'est vers Lui que montent la louange et la supplication des croyants, dans les églises, les mosquées et les synagogues.

 Le reste du numéro peut se commander à la revue...


[1]  Cf. M. Borrmans, Paul VI et les musulmans, in Islamochristiana n°4, 1978, p. 1 – 10 ; M. Lelong, Jean-Paul II et l’Islam, éd. F-X. de Gibert, Paris, 2003; J. Vandrisse, Ce jour-là, Jean-Paul II, Perrin-Mame, Paris, 2003

[2] Voir plus loin les extraits de la déclaration Nostra aetate, p.6

[3] voir Dives in Misericordia, 14

[4] cf. Coran 5,48

[5] Voir l’essentiel de ce discours p.9

[6] cf. Jn 2,25

[7] Le temple de Jupiter fut transformé par Théodose en cathédrale dédiée à St Jean-Baptiste (Yahyâ b. Zakariyyâ). Son crâne est conservé dans une crypte située dans la grande mosquée bâtie par al-Walîd 1er en 705 et vénéré par les Chrétiens et les Musulmans (Encyclopédie de l’Islam, T. II,1 p.

[8]  Les tragiques événements qui se succèdent depuis le 11 septembre 2001 ont suscité de la part du pape Jean-Paul II toute une série d'initiatives inter-reli­gieuses aboutissant à la grande rencontre d'Assise du 24 février 2002 (cf. Christian Salenson, « Assise, de 1986 à 2002 », dans Chemins de Dialogue 19, 2002, p. 7-12).

[9]Il s’agit des religions non-chrétiennes, dont l’hindouisme et le bouddhisme 

[10] Cf 2 Cor 5, 18-19

[11] Père Blanc, professeur émérite au PISAI (Institut Pontifical d’Etudes Arabes et Islamiques) Cf. Le Pape Paul VI et les Musulmans, in Islamochristiana, n° 4, Rome, 1978, p.1  et  Paul VI et Jean-Paul II en dialogue avec les musulmans , article écrit pour des Mélanges au cardinal Francis Arinze, président du Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux, Rome-Lagos 2002, p. 47.

[12] Surtout le Décret Ad Gentes sur l'activité missionnaire de l'Eglise , la Constitution Gaudium et Spes sur l'Eglise dans le monde de ce temps et la Constitution Lumen Gentium sur l'Eglise.

[13] "Sachant que pour beaucoup de missionnaires et de communautés chrétiennes la voie difficile et souvent incomprise du dialogue constitue l'unique manière de rendre un témoignage sincère au Christ et un service généreux à l'homme, je désire ]es encourager à persévérer avec loi et amour, là même où leurs efforts ne rencontrent ni attention ni réponse. Le dialogue est un chemin vers le Royaume et il donnera sûrement ses fruits, même si les temps et les moments sont réservés au Père" (RM 57).

[14] Plusieurs dizaines de jeunes musulmans auraient été mis à mort par le roi Mutesa, en 1875, parce qu’ils refusaient de manger de la viande qui n’avait pas été égorgée selon les rites…cf Islamochristiana, n°4, p.8

[15] Cf  dans Islamochristiana n°2, Rome, 1976, p. 135, le compte-rendu de M. Boormans

[16] Père Blanc, docteur ès-lettres, licencié en langue et littérature arabes, un des fondateurs du G.A.I.C. (Groupe d’ amitié islamo-chrétienne) dans Jean-Paul II et l’Islam, FX de Guibert, Paris, 2003, p.65

[17] Cf Chemins de Dialogue, n°20, p.130 ; Islamochristiana, n°11, Rome, 1985, p.191 ; Se Comprendre, n°85/10

[18] Voir p. 6 le texte de la Déclaration Nostra Aetate

[19] Voir le n° 05/02 de Se Comprendre, de février 2005